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Appel à contributions

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L’esclavage dans l’Afrique des Grands Lacs

 L’esclavage est l’un des grands sujets de l’histoire africaine. Deux thèmes y sont particulièrement nets : l’histoire de l’exportation d’esclaves de l’Afrique vers le reste du monde et celle de la servitude en Afrique même. L’Afrique des Grands Lacs y occupe peu de place. Des ouvrages s’intéressent aux traites soudanaise et zanzibarite, mais la région des Grands Lacs occupe une place marginale dans la littérature concernant ses réseaux d’extraction et d’exportation d’esclaves. En effet, les auteurs s’intéressant à la traite issue du Soudan égyptien ont négligé les zones situées dans l’Ouganda actuel pour approfondir l’étude des régions situées plus au nord et au nord-ouest. Ces travaux sont centrés sur des zones de la république du Soudan actuel ou du Tchad où s’illustre un aventurier devenu célèbre, Rabai. Il en est de même de la traite zanzibarite : sans ignorer l’Afrique des Grands Lacs (voir par exemple Marissal, J. “Le commerce Zanzibarite dans l’Afrique des Grands Lacs au XIXe siècle”. Revue Francaise d’Histoire d’Outre-Mer, 1978, vol.LXV, n°239, p.212-255), les auteurs se sont davantage intéressés à des régions plus au sud ou à l’ouest, comme le territoire de l’actuelle Tanzanie, du Malawi et de la Zambie, ou alors celui, spectaculaire, du Bassin du Congo. L’Afrique des Grands Lacs, où les traitants zanzibarites sont contraints, plus qu’ailleurs, à temporiser avec les pouvoirs africains, a moins attiré les spécialistes. L’esclavage africain, quant à lui, est à peine abordé. Gérald Hartwig ("Changing forms of servitude among the Kerebe of Tanzania", in Miers S, Kopytoff I, Slavery in Africa, 1977) consacre un article très intéressant aux formes de la servitude dans le Bukerebe. Christopher Wrigley (Kingship and the State, the Buganda dynasty, 1997) et Jan Vansina (Le Rwanda ancien, 2001) mentionnent l’importance de la prédation pour le Buganda et le Rwanda, mais ils sont fort peu disserts à ce sujet. Michael Twaddle écrit deux articles polémiques ("The ending of slavery in Buganda", in Miers S, Kopytoff I, Slavery in Africa, 1977 et "Slaves and peasants in Buganda", in Archer L, Slavery and Other Forms of Unfree Labour, 1988). Selon lui, le Buganda et sans doute la majorité des Etats de cette région sont des royaumes esclavagistes. Soit, s’il a raison, la compréhension de l’ensemble de la région, basée sur le clientélisme, est à revoir, soit Michael Twaddle va trop loin et il nous faut expliquer la faiblesse ou l’absence du rôle de l’esclavage dans cette région. Nous nous proposons de contribuer à ce débat.

 Il s’agit d’essayer de comprendre le rôle social et la diffusion des formes de servitude dans la région des Grands Lacs. L’esclavage n’est pas un phénomène uniforme. Il existe évidemment des catégories de dépendants dont l’assimilation au statut d’esclave peut faire l’objet de débats. Ces catégories peuvent également évoluer dans le temps. La frontière entre homme libre et esclave n’est pas nette. Les statuts peuvent être transitoires et changer au cours d’une vie. Il est certain que des captifs sont pris en nombre variable selon les Etats, beaucoup sans doute dans les principaux Etats militaires (Buganda, Rwanda, Bunyoro...). Ils sont également acquis à travers les réseaux d’échanges (Ukerewe...). Au XIXème siècle, une partie des victimes sont exportées vers les réseaux internationaux, mais pas toutes. Beaucoup sont destinées à satisfaire la demande régionale. Que deviennent les esclaves qui ne sont pas exportés ? Constituent-ils un groupe spécifique et durable ? Sont-ils assimilés au reste de la société ? Si oui, comment ? par la fraternité de sang ? par la structure clientéliste ? le mariage ? etc. La pénétration commerciale soudanaise et zanzibarite a également des répercutions sur les formes locales de l’esclavage. On peut même se demander, en s’inspirant des idées de Manning (Slavery and African Life, 1990), si le commerce des esclaves sur le marché international n’est pas à l’origine de l’esclavage local dans cette région. Cela pourrait expliquer, selon leur niveau d’intégration dans la traite, les différences entre les royaumes où l’esclavage est quasiment inconnu et ceux où il est florissant. En raison de la nature des sources, un des risques est de projeter dans le passé lointain les effets du commerce datant le plus souvent de la deuxième moitié du XIXème siècle. Inversement, il n’est pas rare d’attribuer indûment toutes les innovations aux étrangers.

 Le but de cet appel à contributions est donc d’accumuler les connaissances, de pouvoir les comparer à l’échelle de la région des Grands Lacs et également de définir des interprétations éventuellement conflictuelles. Tout en gardant à l’esprit les avancées récentes de la connaissance de l’esclavage en Afrique comme dans le reste du monde, les contributions pourront prendre la forme de monographies à l’échelle d’un royaume, de sous-régions (Busoga, Buhaya,...), éventuellement d’histoires de vie. D’autres articles pourraient porter sur des thèmes plus larges, par exemple la linguistique, la traite et les commerces des esclaves, la démographie, les sources, les enjeux contemporains, ou d’autres thèmes transversaux encore.

 L’aire géographique de cette appel concerne principalement la région des Grands Lacs Africains (le Burundi, le Rwanda, le nord-ouest de la Tanzanie, le sud et l’ouest de l’Ouganda). Mais des contributions concernant les régions avoisinantes ou en contact avec elles (une grande partie du territoire de la Tanzanie, de l’Ouganda, la bordure orientale du Congo, l’Ouest du Kenya…) sont également les bienvenues.

 Les questions et les projets de contribution (environ une page) sont à adresser à Henri Médard avant la fin du mois de juin 2002 soit par courrier électronique à : hv.medard@wanadoo.fr soit par la poste au 75 rue Danton, 93 100 Montreuil, France.(Telephone : 01 55 86 21 35)

Les articles devront m'être transmis avant le mois de juin 2003. Afin de faciliter la réflexion et de faire le point, une table ronde est prévue le 16 et 17 décembre 2002 à Paris au centre de Recherche Africaine (9 rue Malher, 4e arrondissement, Metro St Paul).

Liste provisoire des participants :

David Schoenbrun, University of Northwestern
Jean Pierre Chrétien, C.R.A., CNRS,
Christian Thibon, Université de Pau et du Pays de l'Adour
Edward Steinhart, Université de Texas Tech
Justin Willis, University of Durham
Shane Doyle, University of Cambridge
Claudia Mattalucci, Université de Milan
Richard Reid, University of Asmara
Michael Tuck, University of North Estearn Illinois
Holly Hanson, Mont Holyoke College
Michèle Wagner, University of Minesota
Jean Marie Nduwayo, Université du Burundi
Michael Twaddle, Institut of Commonwealth Studies, University of London
Mark Leopold, Goldsmiths College, University of London
Henri Médard, C.R.A, Université de Paris I


Department of History, York University,  Toronto, Canada
Email: nigerian@yorku.ca
Fax: (416) 650-8173