| York University - Glendon |
| GRADUATE PROGRAM IN TRANSLATION |
| 24mPD |
Patricia Dumas
Selon la croyance populaire, la langue anglaise s’impose au Canada dès la capitulation de Québec en septembre 1759. Pourtant, à cette époque, le français était la lingua franca des classes dirigeantes en Grande-Bretagne et en Europe. De plus, I’environnement linguistique, démographique et politique au lendemain de la Conquête favorisait un certain statu quo linguistique. À la compatibilité linguistique s’ajoute une compatibilité culturelle entre les conquérants et les conquis menant à la préservation d’éléments essentiels de la culture des Canadiens, dont leurs traditions juridique et religieuse. Trois personnages en particulier illustrent cette compatibilité, à savoir le général James Murray, gouverneur militaire et civil d’origine écossaise, son secrétaire privé Hector-Théophilus Cramahé, d’origine huguenote, et Frangois-Joseph Cugnet, seigneur, juriste et premier traducteur officiel de la colonie. L’analyse des débuts de la traduction officielle pendant les sept premières années de I’administration britannique à Québec sous Murray dévoile le passage de la rédaction dans l’une ou I’autre langue à la traduction officielle, et ensuite au bilinguisme proprement dit où les textes officiels sont publiés côte à côte dans les deux langues en usage au pays. On voit également comment I’absence de traduction de certains textes anglais sert a préserver la Coutume de Paris. La traduction officielle s’impose aux principales institutions centrales vers le haut de la pyramide du pouvoir dès le début du gouvernement civil en août 1764. Mais elle ne pénètre toujours pas le troisième palier vers la base où se déroulent toutes les petites et grandes transactions de la vie quotidienne et où la langue et les coutumes d’antan continuent de s’appliquer dans la plupart des cas. Étant donné que peu de Canadiens connaissaient I’anglais, la traduction officielle du début déjà colonie anglaise découle d’un « bouillon de cultures » et de langues. C’est par le biais du dernier palier du pouvoir, celui de la presse et de I’imprimerie, que la traduction officielle se métamorphose en bilinguisme et qu’une terminologie particulière aux circonstances culturelles et politiques de la colonie produit une « langue de traduction » que bien des gens déplorent et dont les effets se manifestent encore aujourd’hui. |
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